L'intrigue commence en l'an 1752, où Barnabas Collins (Johnny Depp) mène une vie de luxe absolu en tant que riche jeune noble et propriétaire terrien dans la ville côtière de Collinsport, dans le Maine. Cependant, sa vie est brisée lorsqu'il brise le cœur d'une belle servante nommée Angelique Bouchard (Eva Green), qui s'avère secrètement être une puissante sorcière vaudou. Consumée par une rage jalouse, Angélique maudit Barnabas en lui infligeant l'immortalité d'un vampire et incite les habitants de la ville à l'enterrer vivant dans un cercueil ancien. Deux siècles plus tard, en 1972, la tombe de Barnabas est accidentellement déterrée par des ouvriers de chantier. Se réveillant dans une époque moderne totalement étrangère, Barnabas retourne dans sa demeure ancestrale, Collinwood Manor, pour découvrir que ses descendants dysfonctionnels, menés par la matriarche Elizabeth Collins Stoddard (Michelle Pfeiffer), sont ruinés, tandis que l'entreprise de pêche familiale a été monopolisée par une Angélique immortelle sous sa nouvelle identité d'entrepreneuse la plus prospère de la ville.
La réussite du film, portée par la performance de ses interprètes, repose grandement sur la brillante dynamique d'acteur entre Johnny Depp et Eva Green. Depp donne vie à Barnabas Collins avec un génie théâtral extraordinaire ; il projette des gestes aristocratiques rigides et élégants du XVIIIe siècle qui deviennent hilarants de maladresse lorsqu'il est confronté aux inventions modernes telles que la télévision, l'automobile ou les lampes à lave. Les dialogues de Barnabas en anglais archaïque et poétique, parsemés au milieu de l'argot des années 1970, créent une comédie de situation hautement divertissante. En face, Eva Green livre une performance magistrale qui crève l'écran dans le rôle d'Angélique. Green incarne une sorcière sociopathe sensuelle, manipulatrice, mais fragile face à son amour non partagé, établissant une alchimie explosive et chargée de tension sexuelle à chacune de ses apparitions aux côtés de Depp.
L'ambition visuelle de Tim Burton se reflète fortement dans les décors et les costumes spectaculaires conçus aux côtés de l'icône Colleen Atwood. Burton divise brillamment l'esthétique du film en deux palettes de couleurs qui s'entrechoquent. Le premier acte offre une atmosphère gothique victorienne classique, sombre, brumeuse et monochrome. Cependant, dès que Barnabas se réveille en 1972, l'écran est inondé de visuels psychédéliques éclatants, allant des couleurs néon flashy aux costumes en polyester, en passant par l'esthétique pop-culture des hippies. Le grandiose mais poussiéreux Collinwood Manor sert de symbole poignant d'un âge d'or oublié, échoué au milieu de la modernisation de béton des années 70.
La dimension sonore et les arrangements musicaux jouent un rôle pivot en injectant un parfum de nostalgie des années 70 dans le récit. Le compositeur fétiche de Burton, Danny Elfman, tisse une partition gothique mystérieuse à l'orchestration enrichie de cuivres excentriques rappelant les classiques du cinéma d'horreur de série B. Cependant, les arrangements d'Elfman côtoient une liste de chansons légendaires de l'époque, comprenant des titres d'Iggy Pop et de The Carpenters, et même un caméo en direct de la légende du rock Alice Cooper, se produisant sur scène lors d'une fête dans le manoir. La bande-son jette un pont réussi avec la folie du récit et offre une atmosphère pop-culture profondément engageante.
Coutumier du fait, Burton livre ici un ton de récit parfois incohérent et un scénario surchargé qui agissent comme une arme à double tranchant, s'attirant les critiques des spécialistes et des fans dévoués du feuilleton original. Il est reproché au réalisateur d'avoir hésité sur la direction définitive du film ; il mélange simultanément des éléments d'horreur pure, de mélodrame familial, de romance de réincarnation et de comédie burlesque (slapstick), ce qui éparpille le fil conducteur de la narration et atténue le poids dramatique dans la seconde moitié. L'intrigue secondaire impliquant la mystérieuse gouvernante Victoria Winters (Bella Heathcote) — la réincarnation du passé amoureux de Barnabas — et la présence de la psychiatre alcoolique Dr Julia Hoffman (Helena Bonham Carter) finissent par être sous-explorées, le temps d'écran étant lourdement consumé par la comédie de situation du poisson hors de l'eau.
Dans l'ensemble, si vous vous attendez à un film d'horreur de vampires terrifiant, violent et sanglant, ou à un drame gothique sérieux dans la lignée de Sweeney Todd, Dark Shadows vous semblera sans aucun doute décevant et trop loufoque. À l'inverse, si vous pouvez l'apprécier comme une comédie noire rétro et légère, admirer la beauté visuelle gothique signature de Tim Burton et que vous souhaitez assister à un affrontement sensuel et divertissant entre Johnny Depp et Eva Green, ce film s'impose comme un divertissement de pop-culture luxueux, amusant et unique en son genre.
.jpg)